Amrou b. al-Jamouh est l'époux de Hind bint
Amrou, la soeur de Abdallah b. Amrou b. Haram, donc le beau-frère de ce
dernier. En outre, Ibn al-Jamouh était l'un des chefs de Médine et l'un
des seigneurs des Banou Salama. Son fils Mouâdh b. Amrou, qui fut l'un
des soixante-dix Ansarites de l'allégeance d'al-Aqaba, embrassa l'Islam
avant lui. Puis, il se chargea avec son ami Mouâdh b. Jabal d'appeler
les habitants de Médine à l'Islam.
Mais, au fait, comment son père Amrou b.
al-Jamouh s'était-il converti à l'Islam ? Eh bien ! cela se réalisa
grâce au concours intelligent du fils et de son ami Mouâdh b. Jabal. A
l'époque, tout notable avait chez lui une statue symbolique représentant
l'idole adorée par l'ensemble du peuple, et Amrou b. al-Jamouh ne
dérogeait pas à cette pratique paganique bien établie. Il possédait une
statue qu'il avait frabriquée et appelée Manaf, il la lavait et
embaumait et adorait régulièrement.
Alors, son fils Mouâdh b. Arnrou et Mouâdh
b. Jabal pensèrent à un plan ingénieux qu'ils mirent d'ailleurs en
pratique. Plusieurs fois, et à la faveur de l'obscurité de la nuit, il
prirent l'idole et la jetèrent dans la fosse d'ordures publique. Amrou,
ne trouvant pas son idole à sa place, se mettait à sa recherche et quand
il la trouvait au fond de la fosse, il laissait exprimer sa fureur, en
disant : « Malheur à vous, criminels! Qui a osé s'attaquer à nos idoles,
cette nuit ? »
Puis, il transportait son idole, la lavait,
purifiait et parfumait. Puis, la lassitude l'ayant gagné, Amrou mit une
épée au cou de son idole, en disant : « S'il y a quelque bien en toi,
défends-toi! » Au matin, il ne la trouva pas évidement à sa place, mais
dans la fosse. Cette fois, il y eut en lui un mélange de colère,
d'affliction et de déconcertation, à la vue d'un chien mort attaché à
l'idole. Les notables musulmans présents à la scène se mirent à parler
de cette idole incapable du moindre geste et à interpeler la raison
d'Amrou b. al-Jamouh. Ils lui parlèrent de Dieu, de l'Islam et du
Messager

, si bien qu'il se convertit vite puis alla prêter allégeance au Messager

.
* * *
Ayant alors pris sa place parmi les
croyants, Amrou mit tous ses biens au service de sa religion et de ses
frères. Il était tellement généreux. En voici un témoignage. Le Messager

interrogea un groupe des Banou Salama (la tribu d'Amrou b. al-Jamouh),
en disant : « Qui est votre seigneur, ô les Banou Salama? - al-Jadd b.
Qays, bien qu'il soit quelque peu avare, dit-on. - y a-t-il un mal plus
que l'avarice ? dit le Messager, votre seigneur est plutôt le blanc aux
cheveux crépus, Amrou b. al-Jamouh! »
Ce témoignage du Prophète

fut un honneur pour lui si bien qu'il voulut mettre aussi sa vie au
service de la cause de Dieu, malgré le boitement criant qu'il avait à
une jambe. Au départ pour la bataille de Badr, ses quatre fils, tous
musulmans, demandèrent au Prophète

de le convaincre de ne pas participer, sinon
de lui ordonner de rester à Médine dans le cas où il ne se convaincrait pas. Le Prophète

expliqua, en effet, à Amrou que l'Islam le déchargeait du combat en
tant que devoir, à cause de son incapacité physique, puis il lui ordonna
de rester à Médine, quand il le vit décidé.
* * *
Mais, plus tard, au départ pour la bataille d'Ouhoud, il revint à la charge auprès du Messager

,
pour avoir la permission de participer au combat. Il lui dit, entre
autres : « Ô Messager de Dieu, mes fils veulent m'empêcher de sortir
avec toi au combat... Mais, par Dieu! je désire que je me dandine avec
mon boitement-ci dans le Jardin. » Il défendit si bien sa cause que le
Messager

lui accorda la permission. Il prit alors son arme et s'en alla en
boitant, et en invoquant Dieu, avec joie : « Mon Dieu! attribue-moi le
martyre ; ne me fais pas revenir auprès de ma famille. » La bataille
d'Ouhoud éclata et Dieu exauça l'invocation de son adorateur Abdallah b.
al-Jamouh.
Après la fin de la bataille, le Messager

ordonna de mettre en terre Abdallah avec Abdallah b. Amrou : « Enterrez
Abdallah b. Amrou avec Abdallah b. al-Jamouh dans une même tombe,
avait-il dit. Il se témoignaient de l'affection et de la cordialité dans
l'ici-bas. »
* * *
Quarante six ans plus tard, sur les lieux
d'Ouhoud une source d'eau coulante en permance aménagée par Mouâwiya
contraignit les musulmans à prendre la décision de déplacer les restes
des martyrs. Quand ils ouvrirent les tombes, ô surprise! ils trouvèrent
les martyrs intacts.
Jabir b. Abdallah, qui était encore vivant
et présent à l'opération vit son père Amrou b. Haram et l'époux de sa
tante, Amrou b. al-Jamouh dans leur tombe : Il étaient comme endormis
l'un près de l'autre, les bras allongés. La terre n'avait rien entamé de
leur corps.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire