Al Barâ ibn Malik
Al-Barâ b. Malik n'est autre que le frère
du célèbre compagnon Anas b. Malik. Cependant, l'un et l'autre vécurent
toute leur vie pour la cause de l'Islam. Anas est ce petit garçon-là que
sa mère Oum Soulaym avait mis au service du Messager

,
alors qu'il n'avait pas encore dix ans. Le jour où elle l'avait
présenté, elle avait dit : « Ô Messager de Dieu, voici Anas. Il sera ton
serviteur. Invoque Dieu pour lui. »
Alors, le Messager

l'embrassa entre les yeux et fit cette invocation : « Dieu!
démultiplie-lui sa fortune et ses enfants, accorde-lui ta bénédiction et
fais-le entrer au Jardin. » Cette invocation fut entendue par Dieu et
elle se concrétisa, puisque Anas vécut 99 ans, eut une nombreuse famille
composée de fils et de petits-fils, ainsi qu'un grand jardin qui
donnait sa récolte deux fois par an.
* * *
Quant à son frère al-Barâ, il mena une vîe
de combattant sur le chemin de Dieu. Il n'avait comme
slogan, comme cri de ralliement que « Dieu et le Jardin. »
Dans son combat contre les polythéistes, il n'était pas de ceux qui
cherchaient la victoire : son seul but était toujours de mourir en
martyr. C'est pourquoi il ne râta aucune expédition. Une fois, il avait
dit à des amis qui lui rendaient visite : « Peut-être avez-vous peur que
je meure sur ma couche. Par Dieu, non. Mon seigneur ne me privera pas
d'une mort de martyr. »
Et en effet, Dieu lui avait accordé cet honneur dans l'une des plus belles batailles de l'Islam.
* * *
Son empressement à aller au devant de la
mort poussa Omar b. al-Khattab à recommander de ne pas lui donner un
poste de responsabilité dans les troupes musulmanes. Lors de la bataille
d'al-Yamama, quand le cours de hostilités pencha en faveur des
apostats, al-Barâ lança ces mots avec fermeté : « Médinois! vous n'avez
plus à penser à Médine, aujourd'hui. Vous avez
plutôt Dieu, ainsi que le Jardin! » Son intervention fit en
peu de temps l'effet qu'il escomptait, puisque les musulmans se
ressaisirent et reprirent l'intiative. Les polythéistes ayant opéré un
recul tactique dans un jardin bien barricadé, al-Barâ
surplomba un tertre et cria : « Musulmans! soulevez-moi et
jetez-moi sur eux, dans le jardin! » N'était-il pas un homme qui
recherchait une mort de martyr ? D'autant plus qu'il n'avait pas attendu
l'aide de ses compagnons, pour escalader le mur, sauter dans le jardin
et ouvrir la porte...
Certes, dans cette bataille, il reçut plus
de 80 blessures. Mais il ne put triompher du but qu'il poursuivait.
Après la bataille, il garda le lit durant tout un mois.
* * *
Par la suite, dans l'une des batailles
d'Irak contre les Perses, alors que les musulmans attaquaient le fort
ennemi, al-Barâ b. Malik vit son frère Anas hâpé et soulevé par
d'énormes tenailles rougeoyantes. Il accourut vite au secours de son
frère qui ne pouvait pas se dégager, retint de ses mains nues les
tenailles qui essayaient de monter avec «la proie», les bouscula avec
énergie si bien qu'il put libérer son frère. Puis, il regarda ses paumes
: il se rendit alors compte qu'elles s'étaient toutes décharnues. Il
lui fallut une autre période de convalescence pour guérir.
* * *
Le valeureux compagnon eut enfin
rendez-vous avec sa dernière bataille, qui eut lieu à Toustour. Pour
cette bataille, le khalife Omar b. al-Khattab envoya à Saâd
b. Abou Waqas un écrit lui intimant l'ordre de diriger une armée
d'al-Koufa al-Ahouaz, comme il envoya le même ordre à Abou Mousa
al-Achâry qui était alors gouverneur d'al-Basra. Il avait dit dans sa
lettre à ce dernier : « Désigne Souhayl b. Ady et envoie avec lui
al-Barâ b. Malik. » Effectivement, al-Barâ était présent, et son frère
Anas aussi.
Au plus fort de la bataille, un compagnon
se rapprocha de lui et dit : « Ô al-Barâ! tu te rappelles le propos du
Messager : "Peut-être qu'il y a des ébouriffés couverts de poussière
(...) à qui on n'accorde pas de l'importance. S'il invoquent Dieu, Dieu
exauce leur demande. Parmi eux, il y a al-Barâ b. Malik. »
« Ô al-Barâ! invoque ton seigneur pour
qu'il les batte et qu'il nous accorde la victoire. » Al-Barâ leva les
mains au ciel et dit : « Dieu! permets-nous d'avoir le dessus sur eux ;
Dieu! mets-les en déroute et accorde-nous la victoire. Et fais en sorte
que je rejoigne aujourd'hui ton prophète. » Quand la bataille se termina
par la victoire des musulmans, on retrouva al-Barâ étendu, inerte à
côté de son épée.
Il avait enfin atteint ce qu'il voulait toujours avec ardeur.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire