mardi 20 mars 2018

Tarik Yildiz : « L’enjeu n’est pas la structuration de l’islam, mais la lutte contre une idéologie »

Pour combattre le terrorisme, l’Etat devrait se montrer intransigeant dans le combat contre la petite délinquance plutôt  que de tenter de structurer l’islam de France, estime le sociologue Tarik Yildiz, dans une tribune au « Monde ».
LE MONDE | • Mis à jour le | Par
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Une centaine de personnes, musulmans et non-musulmans, étaient rassemblées pour prier dans la Grande Mosquée de Lyon, le 15 novembre 2015, après les attentats du 13 novembre, à Paris.
Tribune. Le président de la République a dévoilé récemment le projet de restructurer « l’islam de France », fixant les grandes orientations qui devraient être arrêtées et déclinées ces prochaines semaines. Nouvelle représentation, financement, formation : les axes de réflexion comportent des enjeux cruciaux pour l’avenir de notre société et de la cohésion sociale.
Une question revient sans cesse dans certains milieux associatifs et militants : pourquoi l’exécutif ne cible-t-il que l’islam ? Pourquoi ce chantier ne concerne-t-il pas l’ensemble des religions ? La dénonciation sous-jacente d’un deux poids deux mesures se développe avec l’objectif, plus ou moins conscient, d’installer l’idée d’une discrimination injuste de l’Etat.
L’exécutif doit répondre à la question posée sans complexe : les réflexions ne concernent que l’islam, car les terroristes qui ont récemment frappé notre pays étaient tous issus de la même mouvance, l’islam sunnite takfiriste [adepte d’une idéologie ultra-violente]. Evidemment, il s’agit d’une infime minorité au regard de l’ensemble des croyants, mais l’Etat peut légitimement mener une politique particulière pour déconstruire certains mécanismes dévastateurs sur son propre sol.
Le véritable enjeu ne doit pas être la structuration de l’islam, mais plutôt la lutte contre une idéologie particulière en son sein, propice au développement d’une contre-société et de la violence.
Tentation de nombreux intellectuels et de responsables politiques, la participation à des débats théologiques n’est pas une solution pour répondre à l’enjeu précité. Le rôle de l’Etat, de surcroît laïque, ne peut être d’interpréter des textes religieux, de favoriser officiellement une certaine exégèse du Coran, de créer un « islam à la française ». Investir le champ de l’interprétation religieuse serait inefficace et même contre-productif, les plus radicaux vivant à la marge de la société et refusant toute institution, particulièrement...

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