mardi 3 janvier 2017

« Les trois piliers de l’islam », une leçon de lecture du Coran pour les djihadistes

L’islamologue Jacqueline Chabbi est revenue aux sources de la parole sacrée de l’islam. Elle démontre que pour le Prophète Mahomet, mourir ou tuer pour Dieu n’a aucun sens.
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Le prophète Mahomet, illustration d'un manuscrit ottoman du XVIIe siècle.

Les Trois Piliers de l’islam. Lecture anthropologique du Coran, de Jacqueline Chabbi (Editions du Seuil, 376 p, 22 €), est sans doute – dans son domaine – l’un des livres les plus marquants de l’année 2016. Sous ce titre déroutant pour un lecteur habitué à entendre parler des « cinq piliers de l’islam », elle soutient une thèse qui remet en question les approches classiques de l’islam et, de ce fait, nombre de traductions du Coran.

Une chose est sûre en tout cas, l’interprétation des djihadistes – qui prétendent faire retour à la lettre du Coran et à l’islam du temps de Mahomet –, ne repose sur aucun fondement. C’est une des leçons de cet ouvrage.
Depuis deux ans, on ne compte plus les publications consacrées au djihad et au djihadisme. Une polémique parfois violente a même vu le jour, opposant entre eux leurs auteurs, Gilles Kepel, Olivier Roy et François Burgat, pour ne citer que les figures les plus médiatisées. Leurs analyses ne sont pas foncièrement incompatibles. Malgré les divergences affichées, elles se recoupent et se complètent. Cependant, elles ont en commun de ne pas s’intéresser à ce qui, dans l’imaginaire djihadiste, témoigne d’une méconnaissance de cet islam des origines au nom duquel ils mènent leur guerre sans merci.
Loin des querelles de chapelle, Jacqueline Chabbi, islamologue et arabisante de renom, propose une lecture historique et anthropologique du Coran. Elle prend en compte les réalités de la société tribale dans l’Arabie du VIIe siècle, son organisation, ses croyances et le milieu géographique environnant. Elle s’attache aussi aux mots pour tenter de restituer son sens au corpus coranique, non pas tel qu’on peut l’entendre aujourd’hui, mais tel que les contemporains de Mahomet l’ont reçu, dans un univers où l’oralité prédominait :
« Les mots du Coran, si on les analyse dans une perspective historique, répondent d’abord à un terrain et aux conditions de vie des hommes qui y habitent. »

« Djihad » signifie faire un effort

A propos de « djihad », notamment, elle démontre, sourates à l’appui, que le mot change de signification entre l’époque où Mahomet reçoit la révélation à La Mecque et celle de son séjour à Médine, après l’Hégire. A la période mecquoise, le mot signifie, conformément à sa racine, « faire un effort en vue de réaliser un objectif », donc de s’affronter à une difficulté. « Il n’est alors nullement question de guerre et encore moins de guerre sainte, selon le sens communément retenu aujourd’hui. »
Lors de la période médinoise, « djihad » prend une valeur plus précise, en raison des expéditions lancées par Mahomet contre ses adversaires, mais il n’en conserve pas moins sa signification originelle. En effet, pour mener ces expéditions hors de Médine, un djihad – au sens d’effort – était requis, puisqu’il fallait réunir les moyens humains et matériels nécessaires. Rien de plus habituel que de se préparer à une sortie de son territoire – guerrière ou caravanière – dans le contexte de la péninsule Arabique, terre aride et ingrate où le danger était permanent et la razzia un moyen de survie.
Jacqueline Chabbi rappelle aussi que la solidarité dans l’effort, qui s’exerçait à plein au sein d’un même groupe de parenté, ne concernait pas forcément les individus et les groupes extérieurs à cette parenté, sauf si ceux-ci pouvaient retirer des bénéfices appréciables d’une alliance ponctuelle en vue d’un objectif commun. Un tel pragmatisme s’imposait à des Bédouins, pour qui la perspective du butin l’emportait sans doute sur celle d’un paradis dans l’au-delà, inspiré de traditions étrangères à ces hommes du désert.
Certes, le Coran promet « des jardins sous lesquels coulent des eaux canalisées, des jardins de félicité » à ceux qui auront rallié Allah et soutenu la mission de son Messager en payant de leurs biens et de leurs personnes.
« Le meilleur combat est celui où la victoire n’implique pas ou très peu de morts d’homme, qu’il s’agisse de soi-même ou de ses adversaires. »
Mais pour Jacqueline Chabbi, l’analyste critique doit « rester dubitatif devant les promesses d’une eschatologie d’importation, même si elle s’est travestie de couleurs locales qui se veulent séduisantes ».
Enfin, elle ne manque pas de régler son compte à la valorisation de la mort et du martyre par les djihadistes. Décortiquant les occurrences coraniques de la notion de qitâl (combat armé entre deux adversaires), elle en déduit que celui-ci n’était qu’un dernier recours dont le risque devait être mesuré. Dans un monde où il était capital d’assurer la survie du groupe, d’éviter son affaiblissement par la diminution de ses forces, « le meilleur combat est celui où la victoire remportée n’implique pas ou très peu de morts d’homme, qu’il s’agisse de soi-même ou de ses adversaires ». D’où elle conclut : « Faire le choix de mourir pour Dieu n’a donc aucun sens… Tuer les hommes d’un groupe adverse de manière inconsidérée ou gratuitement massacreuse constitue une transgression majeure », alors que la négociation qui permet d’éviter le combat est un don de Dieu.
De même, en restituant le sens concret que le mot « charia » avait au VIIe siècle pour un Bédouin, « point où l’eau affleure et où le troupeau peut s’abreuver », elle montre qu’il n’a rien à voir avec la prétendue loi divine, élaborée plus tard, que cherchent à imposer les tenants les plus radicaux de l’islam politique.
D’autres termes coraniques sont analysés avec la même rigueur philologique, sans que leur évolution postérieure soit niée. C’est ce travail sur la langue qui permet à l’auteure de proposer de nouvelles clés de lecture du Coran.

L’alliance, la guidance et le don

Trois notions sont pour elle les piliers originaires de ce que deviendra l’islam : l’alliance, la guidance et le don. L’alliance renvoie aux rapports de solidarité entre hommes de tribu ou dans leur lien avec la divinité protectrice ; la guidance, au guide fiable et à la bonne route à suivre dans le désert pour ne pas s’y perdre et garantir la survie du groupe ; le don, au devoir de partage, selon les moyens de chacun.
En accordant une telle importance à ces trois fonctions qui structuraient la société d’alors, Jacqueline Chabbi leur confère un rôle fondateur. Ainsi, elle ramène les cinq piliers traditionnels à ce qu’ils sont historiquement : une construction après-coup, qui « déréalise l’islam en l’inscrivant dans une religiosité intemporelle ». Ce faisant, elle a conscience que son approche critique – comparable à celle qui a été adoptée depuis longtemps pour le judaïsme et le christianisme – ne peut se faire à l’intérieur du monde musulman sans heurter l’opinion ni s’attirer les foudres des responsables religieux et politiques.
Ruth Grosrichard est professeure agrégée de langue arabe et de civilisation arabo-islamique à Sciences Po Paris et contributrice pour « Le Monde Afrique ».
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Deux mille ans de christianisme à géométrie variable et de controverses religieuses sanguinaires n' ont donc servi à rien? L' exégèse des textes sacrés permet de dire tout et son contraire et c' est entrer dans le jeu de ceux qui s' en servent que de tenter de contrer leur interprétation par une autre. Ce qui conduit implicitement à admettre que les textes religieux devraient nous guider. Nos valeurs tiennent dans la Déclaration des droits de l' homme et nulle part ailleurs. Point.
S'inscrire dans la logique des croyants n'a jamais fait avancer la cause de la Raison.
"Les hommes ne prennent pas leurs raisons de vivre dans des subtilités logiques" (K v Clausewitz).
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mardi 27 décembre 2016

Programme AADL2: début lundi soir de l'opération de choix des sites

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L'opération de choix des sites des logements au profit des souscripteurs du programme location-vente "AADL" inscrits en 2013 a débuté lundi soir, rapporte l'APS.
Dans une première étape, l'opération de choix des sites englobe 129000 souscripteurs dans différentes wilayas du pays dont 40 000 à Alger, a déclaré à la presse le directeur général de l'Agence nationale d'amélioration et de développement du logement "AADL", Mohamed Tarek Belaribi.
Durant les premières heures de l'opération lancée aux alentours de 20h, les souscripteurs ont rencontré des difficultés pour accéder au site consacré à cet effet.
L'opération se poursuivra jusqu'à réception de la fiche de vœux électronique de l'ensemble des souscripteurs concernés sans délais impartis.
D'autre part, l'opération d'affectation des logements se fera selon l'ordre chronologique d'inscription en 2013, après réception de toutes les fiches de vœux par le biais d'un logiciel utilisé par l'Agence, a affirmé M. Belaribi qui a tenu à rappeler que la date de l'opération de choix des sites n'accorde aucune priorité dans l'affectation.
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Algérie – Maroc : Lamamra renouvelle la proposition de Sellal

18:22  lundi 26 décembre 2016 | Par Hadjer Guenanfa | Actualité 
RAMTANE LAMAMRA, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES (CRÉDITS : D.R.)
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Ramtane Lamamra est revenu, dans la soirée du dimanche 25 décembre, sur de nombreux dossiers dont les relations « anormales » de l’Algérie avec le Maroc, la décision de la Cour de Justice de l’Union européenne concernant le Sahara occidental et la « campagne destructrice » suite à l’expulsion des migrants africains début décembre.

Relations avec le Maroc : Lamamra renouvelle la proposition de Sellal

« Les relations avec le Maroc sont anormales (…) même si les relations entre les deux peuples sont exemplaires », a admis le chef de la diplomatie algérienne. « Il y a un différend au sujet du Sahara occidental. Dans cette affaire, la position de l’Algérie est en parfaite harmonie avec la légitimité internationale », a-t-il soutenu dans un entretien diffusé par l’ENTV.
Ramtane Lamamra a cité également d’autres points de discorde entre les deux pays, notamment d’ordre sécuritaire et liés aux frontières, qu’il « faut traiter sérieusement ». « L’Algérie est prête à en débattre dans les cadres prévus pour cela (…), mais indépendamment de la question du Sahara occidental qui est de la responsabilité de l’ONU », a assuré le ministre qui pointe indirectement du doigt le Maroc sans le citer concernant le blocage de l’Union pour le Maghreb arabe (UMA). Le chef de la diplomatie algérienne renouvelle ainsi une proposition formulée par le premier ministre Abdelmalek Sellal en novembre.
Dans un entretien publié le 11 novembre par le quotidien saoudien Al Asharq al-Awsat, Abdelmalek Sellal avait déclaré que l’Algérie était « prête à régler ses différends avec le Maroc ». « Le Maroc est un pays voisin et frère. Nous avons quelques désaccords en suspens. Il y a une divergence de vision. Nous préférons en Algérie une approche globale et un dialogue direct pour régler toutes les questions, d’autant qu’il s’agit de dossiers précis et notre pays est prêt à les régler d’une façon sérieuse et pacifique », avait affirmé Sellal, la veille d’une visite officielle en Arabie saoudite. Cette proposition de dialogue direct n’a reçu aucune réponse de Rabat.
Le ministre des Affaires étrangères a estimé que la décision de la Cour de Justice de l’Union européenne qui rappelle que le Sahara occidental ne fait pas partie du Maroc est « extrêmement importante ». « Cette décision vient confirmer la position de l’ONU, celle de l’Union africaine et de la position de principe de l’Algérie », a-t-il dit.
« Le sujet est que l’affaire du Sahara occidental est une affaire de colonisation et que le peuple sahraoui a le droit à l’autodétermination (…) Cette décision confirme que le Sahara occidental a un centre juridique différent de celui du Royaume marocain », s’est-il réjoui.

Expulsion de migrants

Sur l’expulsion de plus de mille migrants subsahariens, le ministre des Affaires étrangères a évoqué une « campagne destructrice » visant l’Algérie. « On est fier de notre appartenance africaine et de tous ce qu’on a donné et on donne à nos frères dans le continent africain. On accorde des bourses d’études à plus de 5 000 étudiants africains », a-t-il dit.
« Toute cette campagne destructrice liée au fait que l’État ait décidé de renvoyer un nombre de personnes impliquées dans des actes de violence dans plusieurs endroits. Tout s’est passé dans le cadre du respect de nos relations avec nos voisins. L’affaire a été exploitée et cela était attendu », a commenté Ramtane Lamamra.
Le premier responsable du département des Affaires étrangères n’a pas été interrogé sur le Forum africain d’investissements et d’affaires ni sur sa dernière déclaration concernant la défaite du terrorisme à Alep. Sur le conflit en Syrie, justement, Ramtane Lamamra s’est contenté de rappeler la position de l’Algérie.
« L’Algérie a toujours été parmi ceux qui appelaient à une solution pacifique et à la nécessité de rassembler les frères syriens au lieu d’en exclure certains », a-t-il affirmé. Pour lui, les dernières évolutions sur le terrain prouvent que la « solution militaire est impossible et qu’elle ne pourrait qu’ouvrir la voie pour s’asseoir autour de la table des négociations ».